Rubrique : psychologie du photographe
Toute photographie témoigne à la fois de deux mouvements psychiques complémentaires:
Un travail d'assimilation psychique qui vise à la symbolisation de l'ensemble des composantes de l'expérience. Ce travail débute dès le moment de la prise de vue, notamment sur un mode sensori-moteur. Il se prolonge ensuite à travers les mots prononcés sur l'image et autour d'elle.
Un fantasme conservateur qui "gèle" les caractéristiques de l'évènement autour de son image. Ce fantasme, agi dans l'acte de photographier, est un équivalent du fantasme d'incorporation pas lequel notre psychisme enferme dans une vacuole psychique les évènements provisoirement inassimilables.
Ces deux mouvements ne s'opposent pas. Ils sont au contraire absolument complémentaires. La "boite noire" qu'est l'appareil photographique enferme une image du monde de la même façon que le psychisme enferme les représentations, les affects et les états des corps liés à une situation inassimilable. Dans les deux cas, cet enfermement s'accompagne du désir que les éléments d'expérience enfermés puissent ultérieurement être mis au jour afin d'être introjectés.
Serge Tisseron, Le mystère de la chambre claire, photographie et inconscient, Les Belles Lettres/Archimbaud, 1996.
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