Blog proposé par Jean-Louis Bec

samedi 14 mai 2011

L'image dans le bon sens


Rubriques : langage et photographie ; perception, vision et photographie


Selon Saussure, le mot, qu'il soit écrit ou parlé, est le signifiant, qui est une simple convention, et le sens lui-même appartient au signifié, qui est l'intelligibilité elle-même. Tout porte à croire que Ferdinand de Saussure trouvait le sens des êtres et des choses dans et par l'évocation d'images visuelles concrètes, abstraites ou symboliques. Oui, Saussure se serait retrouvé en accord avec Einstein pour estimer que les mots ne servent qu'à communiquer avec autrui mais qu'ils ne jouent pas directement de rôle dans la production de la pensée, c'est à dire du sens. On saisit la différence avec Platon, pour qui les mots sont en eux mêmes et par eux-mêmes porteurs de sens.
(...)
Benveniste pense, comme Platon, avec des mots qu'ils se disent pour intuitionner le sens. Pour ces derniers, ce sont les images qui sont les moyens de communication et dont on peut dire qu'elles sont conventionnelles. S'ils font un dessin pour faire comprendre leur pensée, c'est pour inciter autrui à rejoindre les mots qui, pour eux, sont les vrais porteurs de sens. Pour Saussure et Einstein, le signifiant est mot, le signifié image (concrète, abstraite, symbolique); pour Platon et Benveniste, c'est le contraire.

Le signifiant, image ou mot, n'en a pas moins un sens et il est saisi ainsi: un sens de désignation, qui envoie la pensée vers le signifié, qui, lui, porte le sens de la chose, de l'être, par ce qui en est l'expression, soit les images ou les mots. C'est l'espace d'une part, le temps d'autre part qui sont le tissu dans lequel l'intuition du sens se détermine, se concrétise. Saussure et Einstein accordent donc sens de signifié aux images et sens de désignation aux mots. Platon et Benveniste inversent ces rôles de sens.

Antoine de La Garanderie, L'intuition, de la perception au concept, Bayard Editions, 1995.

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