Rubrique : psychologie du photographe
Les statistiques prouvent que les trois quarts des photos faites chaque année dans le monde ont pour sujet des femmes et des enfants. Il faut ajouter qu'elles sont faites par des hommes. L'homme -prédateur invétéré- a inventé la photo pour prendre ce qu'il aime ou ce qu'il désire "en effigie". Il braque sur eux sa boite à image, et emporte leur image comme un chasseur emporte un perdreau dans sa gibecière.
(...)
Cette agressivité fondamentale de l'acte photographique se satisfait avec prédilection sur la femme, sur le corps dénudé de la femme. C'est un viol en effigie. Mais il ya aussi le reportage choc où l'on voit le photographe mitrailler sans égard des populations hagardes et blessées
(...)
Est-il donc fatal que la photographie comporte cette dimension de violence?
A cette question plusieurs réponses sont possibles. La plus convaincante en appelle aux femmes photographes. Quand la femme cesse d'être photographiée pour prendre elle même la caméra en mains, tout change. Le regard cesse d'être celui d'un oiseau de proie pour devenir celui d'une amie- surtout bien entendu si c'est une autre femme qui est photographiée.
J'ai étudié, je le répète, des années au Musée de l'Homme.
Une des leçons que j'ai retenue, c'est l'avantage dont jouit la femme ethnologue dans les enquêtes sur le terrain. Mieux qu'un homme elle se fait accepter par la population étudiée. Les portes s'ouvrent. Les langues se dénouent. Elle peut entrer partout et regarder. L'homme suscite de prime abord un mouvement de défense.
Il en va de même pour la femme photographe.
(...)
Je ne crois pas qu'il y est une "littérature féminine". Ni Colette, ni Marguerite Yourcenar, ni Françoise Mallet-Joris ne me paraissent présenter un quelconque trait commun propre à la féminité".
Les images des femmes photographes : j'y trouve une qualité commune. Comment définir cette qualité?
Le mot tendresse vient en premier sous ma plume. Mais j'écris ensuite : complicité. Oui, c'est cela. Il y a chez les hommes, mais surtout chez les femmes et les enfants photographiés par elles un abandon confiant qui ajoute à la qualité humaine de leurs images".
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire